Saint Sigismond et saint Pierre

Restaurer pour mieux comprendre l’œuvre

Septembre - décembre 2017 - (3 mois)

La lecture de l’œuvre n’est pas aisée avant restauration. Plusieurs représentations se superposent et inspirent une certaine confusion. Son examen a permis de déceler la présence d’une composition sous-jacente. Le tableau a été réalisé en deux temps : un premier peintre (Jean-Etienne Koller) a créé l’œuvre en 1738, puis à peine une année plus tard, un second artiste (Guiseppe Ignazio Appiani) en a modifié la composition. Aujourd’hui, le résultat de cette superposition est une scène chaotique dans laquelle les positions qu’occupent les différents personnages et édifices s’enchevêtrent.

L’objectif de notre intervention est de rétablir la lisibilité de la scène représentée en conservant les apports du deuxième peintre (Appiani). Étant donné le bon état de conservation du support toile, notre intervention se concentre sur la couche picturale dans le but de retirer les ajouts postérieurs à 1739.


Identification de l’œuvre

Titre Saint Sigismond et saint Pierre
Attribution Guiseppe Ignazio Appiani (1706-1785) et Jean-Etienne Koller
Datation 1738-1739
Technique Peinture à l’huile sur toile tendue sur châssis
Dimensions 137,7 x 120,8 cm
Lieu de conservation Abbaye de Saint-Maurice

Nettoyage de la couche picturale

Le protocole de nettoyage est établi après avoir réalisé différents essais de faisabilité. Les opérations se déroulent en trois étapes. Un dépoussiérage à sec est d’abord entrepris au moyen d’une gomme synthétique. Puis les impuretés superficielles mêlées à un vernis oxydé sont retirées avec un mélange de solvants. Sous cette couche apparaît un jutage brunâtre, finalement supprimé au moyen d’un gel aqueux.


Découverte de la signature

Lors du nettoyage de la partie inférieure du tableau, des lettres ont été découvertes sur le tronc situé au pied du personnage. Elles appartiennent à une signature difficilement lisible qui est malgré tout identifiable comme étant celle de Jean-Etienne Koller. Elle débute par son monogramme allemand JSK suivi par son nom. Koller serait donc à l’origine de cette œuvre. Il appartient à une famille de peintres originaires d’Augsbourg et actifs en Valais aux XVIIe et XVIIIe siècles.


Réintégration chromatique

La composition du tableau de Koller a été modifiée en 1739. Le regroupement de différents documents présents dans les archives de l’abbaye nous incite à identifier ce second artiste comme étant Guiseppe Ignazio Appiani, peintre d’origine italienne, actif dans le sud de l’Allemagne et de passage à Saint-Maurice à cette date.

L’objectif de notre intégration chromatique est de rétablir une cohérence dans la composition d’Appiani en respectant ses coloris. Nous utilisons la technique du pointillisme : la retouche est réalisée par l’application de petits points de couleur visibles à faible distance mais fondus lorsque le tableau est vu à plus d’un mètre.


Le ressenti du conservateur-restaurateur

Le travail effectué sur cette œuvre démontre que si de nombreuses questions sont soulevées au moment du constat d’état, le diagnostic puis le traitement de conservation-restauration nourrissent quant à eux de manière décisive nos connaissances sur l’aspect matériel du processus créatif. Grâce à l’examen scientifique de la couche picturale qui a mis en évidence la présence de la composition sous-jacente, les observations techniques ont pu être confrontées aux documents conservés au sein des archives pour comprendre l’histoire matérielle du tableau

Cette meilleure appréhension des enjeux de l’intégrité esthétique et historique de l’œuvre, a non seulement guidé notre protocole d’intervention mais elle a redonné au tableau sa lisibilité.


Avant-Après